Après les premiers jours, on comprend que le deuil ne se vit pas seulement dans le silence ou la solitude, il se glisse aussi dans les échanges, dans les regards, dans les phrases que l’on prononce presque machinalement. Il y a ce que l’on ressent, et puis il y a ce que l’on montre.

Il y a ces moments où l’on fait semblant d’aller bien, pas par mensonge ni pour tromper, mais parce que c’est plus simple ainsi. On répond que ça va, on sourit, on continue la conversation comme si rien n’avait vraiment changé, c’est une manière de tenir, de traverser certaines situations sans avoir à tout expliquer.

Parfois, faire semblant sert à protéger les autres, éviter d’alourdir, de ramener la douleur là où elle n’est pas attendue, là où elle pourrait mettre mal à l’aise. Parfois, c’est pour se protéger soi-même, pour ne pas ouvrir une porte dont on ne saurait plus comment la refermer, car tout dire, tout le temps, demanderait une énergie que l’on n’a pas toujours.

Et pourtant, le deuil avance, même quand on ne le montre pas. Les pensées reviennent, ce que l’on aurait pu faire autrement, ce que l’on aurait pu dire, ce que l’on aurait voulu apporter en plus. On sait, au fond, que l’on a fait de son mieux, mais le doute trouve toujours un passage, il ne s’impose pas, il accompagne.

On se refait le film, on repasse les moments, les décisions, les silences aussi, on cherche ce qui aurait pu soulager davantage, rendre les choses un peu moins lourdes, même si l’on sait que l’on ne pouvait pas tout porter. Cette lucidité n’efface pas le questionnement, elle vit avec lui.

Peut-être que le deuil est cela, un chemin lent, souvent solitaire, où l’on apprend à vivre avec l’absence sans chercher à l’expliquer ni à la résoudre, avancer sans réponse, avec ce manque, en gardant un lien autrement, sans tenter de le réparer ni de le retenir, simplement en laissant une place à ce qui a compté.

Alors oui, je dis que ça va, et c’est ma façon de continuer.


Laisser un commentaire

En savoir plus sur Eric Hardy Auteur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture