Oui, tout s’accélère. Le climat déraille, les terres se perdent, les fermes ferment, les jeunes s’éloignent. Et pourtant, il serait trop facile de conclure que tout est perdu, car ce n’est pas la fin de l’histoire, peut-être juste le moment d’en écrire une autre.
On pourrait imaginer un monde agricole moins grand mais plus vivant, moins dépendant mais plus relié, avec des fermes plus petites, plus nombreuses, plus diversifiées. Non pas des usines à ciel ouvert, mais des lieux de vie, capables de nourrir, de transmettre, d’accueillir, des lieux à échelle humaine, adaptés à leur territoire.
Ces petites exploitations, on les croit dépassées, pourtant elles pourraient suffire, suffire à nourrir un village, à créer du lien, à redonner du sens, à réconcilier l’agriculture avec la société, avec l’écologie, avec les humains.
On pourrait rêver d’une agriculture locale et enracinée, avec des circuits courts sans folklore, des produits simples et accessibles, des enfants qui découvrent la terre, des anciens qui transmettent un savoir, des jeunes qui choisissent de s’installer, non par obligation mais par conviction.
On pourrait aussi rêver d’un autre rythme, avec moins de pression, moins d’endettement, moins de normes absurdes, et davantage d’imagination, de biodiversité, de liberté, de l’espace pour les plantes oubliées, les espèces locales, les arbres, les haies, les mares, pour tout ce qui résiste au temps.
Il ne s’agit pas de revenir en arrière ni de tout changer, mais de penser autrement, de croire que ce qui est petit peut être solide, que ce qui est local peut être suffisant, que ce qui est humble peut être durable.
Rien ne changera dehors tant que nous resterons immobiles à l’intérieur.
Peut-être que cela commence ici, dans ce mouvement discret vers ce qui redevient possible.
