Je ne pensais pas, et je n’avais pas prévu, que l’après serait aussi difficile, parce que je croyais que le plus dur était passé. Et puis il y a ces moments très simples en apparence où je me mets à trier les papiers, rien de particulier, et pourtant ça me fait quelque chose.
Je sais qu’Évelyne ne se résume pas à des factures ou à des courriers, mais ces papiers racontent une vie normale, des démarches, des rendez-vous, des choses à régler, et quand je les range ou que je les jette, j’ai parfois l’impression de fermer une porte sur une part de notre histoire.
Pour l’instant, je n’ai pas touché au reste. Je n’ai pas trié ses vêtements, je n’ai pas ouvert ses boîtes à bijoux, et je sens déjà que ce sera une autre étape.
Alors je me pose une question, est-ce qu’il faut faire ça vite, ou est-ce qu’il faut laisser du temps, puisqu’il n’y a pas d’urgence.
En vérité, il n’y a pas d’urgence, parce que je pense rester dans la maison pour le moment. Je ne suis pas pressé, alors je prends le temps de voir venir.
Je découvre que le deuil, ce n’est pas seulement la peine, c’est aussi une suite de petits moments, un tiroir qu’on ouvre, une pile de papiers sur une table, un carton qu’on commence puis qu’on laisse de côté, et parfois ça suffit pour que je m’arrête et que je referme tout.
Au fond, la question n’est pas vraiment “vite” ou “lentement”, la question c’est est-ce que je suis prêt.
Et je ne suis pas sûr qu’on soit prêt d’un coup, je crois qu’on avance petit à petit, on fait un peu puis on s’arrête, on revient plus tard, on se donne du courage puis on remet à demain.
Alors je commence par les papiers, parce que c’est ce qui me semble le moins difficile, et pourtant ça l’est déjà, et je sais que le jour où je toucherai à ses vêtements, à ses bijoux, ce sera une étape différente.
Pour l’instant, j’essaie simplement de respecter mon rythme et de ne pas me juger.
