En accompagnant Évelyne au fil des années, je me suis souvent interrogé sur la place que notre société laisse réellement à ceux qui vieillissent ou deviennent fragiles. Au-delà des institutions et de l’organisation des soins, c’est dans le regard que nous posons sur eux que tout se joue.
J’ai parfois eu le sentiment que nous regardions trop vite ce que les personnes ne peuvent plus faire, ce qu’elles ont perdu, ce qui ralentit ou complique le quotidien. Comme si la fragilité devenait une gêne que l’on préfère tenir à distance.
Et pourtant, derrière cette fragilité, il reste toujours une personne entière, avec son histoire, sa dignité, ses souvenirs et sa capacité à aimer.
Je me suis aussi souvent demandé pourquoi tout repose si souvent sur les proches, presque naturellement, comme si l’amour devait suffire à porter la fatigue, l’usure, l’inquiétude et parfois la solitude. Beaucoup d’aidants avancent parce que cela leur semble normal d’être là.
Ces années m’ont fait comprendre que la manière dont nous regardons la fragilité des autres prépare peut-être la façon dont nous serons regardés nous-mêmes un jour. Le temps finit toujours par ralentir et chacun de nous aura, tôt ou tard, besoin d’attention, de présence et de respect.
Peut-être que la vraie question n’est pas seulement de savoir comment nous organisons la vieillesse, mais comment nous choisissons d’être présents les uns pour les autres lorsque la vie devient plus fragile.




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