Depuis le décès d’Évelyne, Marjorie m’a souvent demandé comment j’allais. Elle prenait de mes nouvelles et s’inquiétait pour moi.
Je recevais cette attention sans réaliser que je ne lui accordais pas la même.
Je ne lui ai jamais demandé comment elle allait.
Ce n’était ni de l’indifférence, ni un manque d’attention. Je croyais lui éviter une souffrance. Avec le recul, je comprends que mon propre deuil occupait toute la place. Je n’étais pas capable d’accueillir sa douleur.
Les semaines sont devenues des mois et chacun a porté son deuil à sa manière.
Dernièrement, Marjorie s’est confiée.
Elle m’a parlé de sa mère, de son absence, mais aussi de la culpabilité qu’elle ressentait.
Elle repensait à leur relation. Elles avaient des tempéraments différents. Évelyne était une maman profondément protectrice, toujours soucieuse de rassurer et de préserver ceux qu’elle aimait. Marjorie, elle, a toujours eu ce besoin de liberté, d’indépendance et d’écrire sa propre histoire.
Deux façons d’aimer qui, parfois, se heurtaient.
Il y avait des incompréhensions, quelques tensions, comme il en existe dans bien des relations entre une mère et sa fille.
En l’écoutant, j’ai compris combien le deuil nous pousse parfois à relire le passé avec une sévérité injuste. Nous retenons les désaccords, les paroles maladroites, les occasions manquées, en oubliant tout ce qui les entourait, l’affection, les gestes du quotidien et la présence.
Depuis cette conversation, je me dis que le deuil nous fait parfois oublier l’essentiel. Nous nous souvenons des désaccords, alors que ceux qui nous ont aimés, eux, n’auraient retenu que l’amour.






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